Le septième commandement défend de prendre ou de retenir le bien du prochain injustement et de faire du tort au prochain en ses biens de quelque manière que ce soit. Il prescrit la justice et la charité§1807 dans la gestion des biens terrestres et des fruits du travail des hommes. Il demande en vue du bien commun le respect de la destination universelle des biens et du droit de propriété privée. La vie chrétienne s’efforce d’ordonner à Dieu et à la charité§952 fraternelle les biens de ce monde.
Article 7
Le septième commandement
I. La Destination universelle et la propriété privée des biens
Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits 1. Les biens de la création§226 sont destinés à tout le genre humain. Cependant la terre est répartie entre les hommes pour assurer la sécurité de leur vie, exposée à la pénurie et menacée par la violence. L’appropriation des biens est légitime pour garantir la liberté et la dignité des personnes, pour aider chacun à subvenir à ses besoins fondamentaux et aux besoins de ceux dont il a la charge. Elle doit permettre que se manifeste§1939 une solidarité naturelle entre les hommes.
Le droit à la propriété privée, acquise ou reçue de manière juste, n’abolit pas la donation originelle de la terre à l’ensemble de l’humanité. La destination universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice.
« L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres » a. La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les§307 bienfaits à autrui, et d’abord à ses proches.
Les biens de production – matériels ou immatériels – comme des terres ou des usines, des compétences ou des arts, requièrent les soins de leurs possesseurs pour que leur fécondité profite au plus grand nombre. Les détenteurs des biens d’usage et de consommation doivent en user avec tempérance, réservant la meilleure part à l’hôte, au malade, au pauvre.
L’autorité politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété§1903 abc1.
II. Le respect des personnes et de leurs biens
En matière économique, le respect de la dignité humaine exige la pratique de la vertu de tempérance, pour modérer l’attachement aux§1809 biens de ce monde ; de la vertu de justice, pour préserver les droits§1807 du prochain et lui accorder ce qui lui est dû ; et de la solidarité, suivant la règle d’or et selon§1839 la libéralité du Seigneur qui « de riche qu’il était s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté » 1.
Le respect des biens d’autrui
Le septième commandement interdit le vol, c’est-à-dire l’usurpation du bien d’autrui contre la volonté raisonnable du propriétaire. Il n’y a pas de vol si le consentement peut être présumé ou si le refus est contraire à la raison et à la destination universelle des biens. C’est le cas de la nécessité urgente et évidente où le seul moyen de subvenir à des besoins immédiats et essentiels a.
Toute manière de prendre et de détenir injustement le bien d’autrui, même si elle ne contredit pas les dispositions de la loi civile, est contraire au septième commandement. Ainsi, retenir délibérément des biens prêtés ou des objets perdus ; frauder dans le commerce 1 ; payer d’injustes§1867 salaires 2 ; hausser les prix en spéculant sur l’ignorance ou la détresse d’autrui 3.
Les promesses doivent être tenues, et les contrats rigoureusement observés dans la mesure où l’engagement pris est moralement§2101 juste. Une part notable de la vie économique et sociale dépend de la valeur des contrats entre personnes physiques ou morales. Ainsi les contrats commerciaux de vente ou d’achat, les contrats de location ou de travail. Tout contrat doit être convenu et exécuté de bonne foi.
Les contrats sont soumis à la justice commutative qui règle les échanges entre les personnes et entre les institutions§1807, dans l’exact respect de leurs droits. La justice commutative oblige strictement ; elle exige la sauvegarde des droits de propriété, le paiement des dettes et la prestation des obligations librement contractées. Sans la justice commutative, aucune autre forme de justice n’est possible.
En vertu de la justice§2487 commutative, la réparation de l’injustice commise exige la restitution du bien dérobé à son propriétaire§1459 :
Les jeux de hasard (jeu de cartes, etc.) ou les paris ne sont pas en eux-mêmes contraires à la justice. Ils deviennent moralement inacceptables lorsqu’ils privent la personne de ce qui lui est nécessaire pour subvenir à ses besoins et à ceux d’autrui. La passion du jeu risque de devenir un asservissement grave. Parier injustement ou tricher dans les jeux constitue une matière grave, à moins que le dommage infligé soit si léger que celui qui le subit ne puisse raisonnablement le considérer comme significatif.
Le septième commandement proscrit les actes ou entreprises qui, pour quelque raison que ce soit, égoïste ou idéologique§2297, mercantile ou totalitaire, conduisent à asservir des êtres humains, à méconnaître leur dignité personnelle, à les acheter, à les vendre et à les échanger comme des marchandises. C’est un péché contre la dignité des personnes et leurs droits fondamentaux que de les réduire par la violence à une valeur d’usage ou à une source de profit. Saint Paul ordonnait à un maître chrétien de traiter son esclave chrétien « non plus comme un esclave, mais comme un frère [...], comme un homme, dans le Seigneur » 1.
Le respect de l’intégrité de la création
Le septième commandement demande le respect de l’intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes§226§358 et les êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l’humanité passée, présente et future 1. L’usage des ressources minérales, végétales et animales de l’univers, ne peut être détaché du respect des exigences morales. La domination accordée§373 par le Créateur à l’homme sur les êtres inanimés et les autres vivants n’est pas absolue ; elle est mesurée par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ; elle exige un respect religieux de l’intégrité§378 de la création a.
Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle 1. Par leur simple existence, ils le bénissent et lui rendent gloire 2. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. On se rappellera avec quelle délicatesse les saints, comme saint François§344 d’Assise ou saint Philippe Neri, traitaient les animaux.
Dieu a confiés les animaux à la gérance de celui qu’Il a créé à son image 1. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu’ils assistent l’homme dans ses travaux et dans ses loisirs. Les expérimentations§2234 médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables, pourvu qu’elles restent dans des limites raisonnables et contribuent a soigner ou sauver des vies humaines.
Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la misère§2446 des hommes. On peut aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l’affection due aux seules personnes.
III. La doctrine sociale de l’Église
« La révélation chrétienne conduit à une intelligence plus pénétrante des lois de la vie sociale » a. L’Église reçoit§1960 de l’Évangile la pleine révélation de la vérité de l’homme. Quand elle accomplit sa mission d’annoncer l’Évangile, elle atteste à l’homme, au nom du Christ, sa dignité propre§359 et sa vocation à la communion des personnes ; elle lui enseigne les exigences de la justice et de la paix, conformes à la sagesse divine.
L’Église porte un jugement moral, en matière économique et sociale, « quand les droits fondamentaux de la personne ou le salut§2032 des âmes l’exigent » a. Dans l’ordre de la moralité elle relève d’une mission distincte de celle des autorités politiques : l’Église se soucie des aspects temporels du bien commun en raison de leur ordination au souverain Bien, notre§2246 fin ultime. Elle s’efforce d’inspirer les attitudes justes dans le rapport aux biens terrestres et dans les relations socio-économiques.
La doctrine sociale de l’Église s’est développée au dix-neuvième siècle lors de la rencontre de l’Évangile avec la société industrielle moderne, ses nouvelles structures pour la production de biens de consommation, sa nouvelle conception de la société, de l’État et de l’autorité, ses nouvelles formes de travail et de propriété. Le développement de la doctrine de l’Église, en matière économique et sociale, atteste la valeur permanente de l’enseignement de l’Église, en même temps que le sens véritable de sa Tradition toujours vivante et active a.
L’enseignement social de l’Église comporte un corps de doctrine qui s’articule à mesure que l’Église interprète les événements au cours de l’histoire, à la lumière de l’ensemble de la parole révélée par le Christ Jésus avec l’assistance de l’Esprit Saint a1. Cet enseignement devient d’autant plus acceptable pour les hommes de bonne volonté qu’il inspire davantage la conduite§2044 des fidèles.
La doctrine sociale de l’Église propose des principes de réflexion ; elle dégage des critères de jugement ; elle donne des orientations pour l’action :
Une théorie qui fait du profit la règle exclusive et la fin ultime de l’activité économique est moralement inacceptable. L’appétit désordonné de l’argent ne manque pas de produire ses effets pervers. Il est une des causes§2317 des nombreux conflits qui perturbent l’ordre social abc.
L’Église a rejeté les idéologies totalitaires et athées associées, dans les temps modernes, au « communisme » ou au « socialisme ». Par ailleurs, elle a récusé§676 dans la pratique du « capitalisme » l’individualisme et le primat absolu de la loi du marché sur le travail humain a1. La régulation de l’économie par la seule planification centralisée pervertit à la base les liens sociaux ; sa régulation par la seule loi du marché manque à la justice sociale « car il y a de nombreux besoins humains qui ne peuvent être satisfaits par le marché » b. Il faut préconiser une régulation raisonnable du marché et des initiatives économiques, selon une juste hiérarchie des valeurs et en vue du bien commun§1886.
IV. L’activité économique et la justice sociale
Le développement des activités économiques et la croissance de la production sont destinés à subvenir aux besoins des êtres humains. La vie économique ne vise pas seulement à multiplier les biens produits et à augmenter le profit ou la puissance ; elle est d’abord ordonnée au service des personnes, de l’homme tout entier et de toute la communauté humaine. Conduite selon ses méthodes propres, l’activité économique doit s’exercer dans les limites de l’ordre moral, suivant la justice sociale, afin de répondre au dessein de Dieu§1928 sur l’homme a.
Le travail humain procède immédiatement des personnes créées à l’image de Dieu, et appelées à prolonger, les unes avec§307 et pour les autres, l’œuvre de la création en dominant la terre 1ab. Le travail est donc§378 un devoir : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » 2. Le travail honore les dons du Créateur et les talents reçus. Il peut aussi être rédempteur. En endurant la peine 3 du travail en union avec Jésus§531, l’artisan de Nazareth et le crucifié du Calvaire, l’homme collabore d’une certaine façon avec le Fils de Dieu dans son Œuvre rédemptrice. Il se montre disciple du Christ en portant la Croix, chaque jour, dans l’activité qu’il est appelé à accomplir c. Le travail peut être un moyen de sanctification et une animation des réalités terrestres dans l’Esprit du Christ.
Dans le travail, la personne exerce et accomplit une part des capacités inscrites dans sa nature. La valeur primordiale du travail§2834 tient à l’homme même, qui en est l’auteur et le destinataire. Le travail est pour§2185 l’homme, et non l’homme pour le travail a.
Chacun doit pouvoir puiser dans le travail les moyens de subvenir à sa vie et à celle des siens, et de rendre service à la communauté humaine.
Chacun doit pouvoir puiser dans le travail les moyens de subvenir à sa vie et à celle des siens, et de rendre service à la communauté humaine.
Chacun a le droit d’initiative économique, chacun usera légitimement de ses talents pour contribuer à une abondance profitable à tous, et pour recueillir les justes fruits de ses efforts. Il veillera à se conformer aux réglementations portées par les autorités légitimes en vue du bien commun a1.
La vie économique met en cause des intérêts divers, souvent opposés entre eux. Ainsi s’explique l’émergence des conflits qui la caractérisent a. On s’efforcera de réduire ces derniers par la négociation qui respecte les droits et les devoirs de chaque partenaire social : les responsables des entreprises, les représentants des salariés, par exemple des organisations syndicales, et, éventuellement, les pouvoirs publics.
La responsabilité de l’État.« L’activité économique, en particulier celle de l’économie de marché, ne peut se dérouler dans un vide institutionnel, juridique et politique. Elle suppose que soient assurées les garanties des libertés individuelles et de la propriété, sans compter une monnaie stable et des services publics efficaces. Le devoir essentiel de l’État est cependant§1908 d’assurer ces garanties, afin que ceux qui travaillent puissent jouir du fruit de leur travail et donc se sentir stimulés à l’accomplir avec efficacité et honnêteté. [...] L’État a le devoir de surveiller et de conduire l’application des droits humains dans le secteur économique ; dans ce domaine toutefois, la première responsabilité ne revient§1883 pas à l’État mais aux institutions et aux différents groupes et associations qui composent la société » a.
Les responsables d’entreprises portent devant la société la responsabilité économique et écologique de leurs opérations a. Ils sont§2415 tenus de considérer le bien des personnes et pas seulement l’augmentation des profits. Ceux-ci sont nécessaires cependant. Ils permettent de réaliser les investissements qui assurent l’avenir des entreprises. Ils garantissent l’emploi.
L’accès au travail et à la profession doit être ouvert à tous sans discrimination injuste, hommes et femmes, bien portants et handicapés, autochtones et immigrés a1. En fonction des circonstances, la société doit pour sa part aider les citoyens à se procurer un travail et un emploi b.
Le juste salaire est le fruit légitime du travail. Le refuser ou le retenir, peut constituer une grave injustice 1. Pour apprécier§1867 la rémunération équitable, il faut tenir compte à la fois des besoins et des contributions de chacun. « Compte tenu des fonctions et de la productivité, de la situation de l’entreprise et du bien commun, la rémunération du travail doit assurer à l’homme et aux siens les ressources nécessaires à une vie digne sur le plan matériel, social, culturel et spirituel » a. L’accord des parties n’est pas suffisant pour justifier moralement le montant du salaire.
La grève est moralement légitime quant elle se présente comme un recours inévitable, sinon nécessaire, en vue d’un bénéfice proportionné. Elle devient moralement inacceptable lorsqu’elle s’accompagne de violences ou encore si on lui assigne des objectifs non directement liés aux conditions de travail ou contraires au bien commun.
Il est injuste de ne pas payer aux organismes de sécurité sociale les cotisations établies par les autorités légitimes.
La privation d’emploi à cause du chômage est presque toujours pour celui qui en est victime, une atteinte à sa dignité et une menace pour l’équilibre de la vie. Outre le dommage personnellement subi, des risques nombreux en découlent pour son foyer a.
La privation d’emploi à cause du chômage est presque toujours pour celui qui en est victime, une atteinte à sa dignité et une menace pour l’équilibre de la vie. Outre le dommage personnellement subi, des risques nombreux en découlent pour son foyer a.
V. Justice et solidarité entre les nations
Au plan international, l’inégalité des ressources et des moyens économiques est telle qu’elle provoque entre§1938 les nations un véritable « fossé » a. Il y a d’un côté ceux qui détiennent et développent les moyens de la croissance et, de l’autre, ceux qui accumulent les dettes.
Diverses causes, de nature religieuse, politique, économique et financière confèrent aujourd’hui « à la question sociale une§1911 dimension mondiale » a. La solidarité est nécessaire entre les nations dont les politiques sont déjà interdépendantes. Elle est encore plus indispensable lorsqu’il s’agit d’enrayer les « mécanismes pervers » qui font obstacle au développement des pays moins avancés b1. Il faut substituer à des systèmes financiers abusifs sinon usuraires c, à des relations commerciales iniques entre les nations, à la course§2315 aux armements, un effort commun pour mobiliser les ressources vers des objectifs de développement moral, culturel et économique « en redéfinissant les priorités et les échelles des valeurs » d.
Les nations riches ont une responsabilité morale grave à l’égard de celles qui ne peuvent par elles-mêmes assurer les moyens de leur développement ou en ont été empêchées par de tragiques événements historiques. C’est un devoir de solidarité et de charité ; c’est aussi une obligation de justice si le bien-être des nations riches provient de ressources qui n’ont pas été équitablement payées.
L’aide directe constitue une réponse appropriée à des besoins immédiats, extraordinaires, causés par exemple par des catastrophes naturelles, des épidémies, etc. Mais elle ne suffit pas à réparer les graves dommages qui résultent des situations de dénuement ni à pourvoir durablement aux besoins. Il faut aussi réformer les institutions économiques et financières internationales pour qu’elles promeuvent mieux des rapports équitables avec les pays moins avancés a. Il faut soutenir l’effort des pays pauvres travaillant à leur croissance et à leur libération b. Cette doctrine demande à être appliquée d’une manière très particulière dans le domaine du travail agricole. Les paysans, surtout dans le Tiers Monde, forment la masse prépondérante des pauvres.
Accroître le sens de Dieu et la connaissance de soi-même est à la base de tout développement complet de la société humaine. Celui§1908-ci multiplie les biens matériels et les met au service de la personne et de sa liberté. Il diminue la misère et l’exploitation économiques. Il fait croître le respect des identités culturelles et l’ouverture à la transcendance ab.
Il n’appartient pas aux pasteurs de l’Église d’intervenir directement dans la construction politique et dans l’organisation de la vie sociale. Cette tâche fait partie de la vocation des fidèles laïcs, agissant§899 de leur propre initiative avec leurs concitoyens. L’action sociale peut impliquer une pluralité de voies concrètes. Elle sera toujours en vue du bien commun et conforme au message évangélique et à l’enseignement de l’Église. Il revient aux fidèles laïcs « d’animer les réalités temporelles avec un zèle chrétien et de s’y conduire en artisans de paix et de justice » a1.
VI. L’amour des pauvres
Dieu bénit ceux qui viennent en aide aux pauvres et réprouve ceux qui s’en détournent : « À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos » 1. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » 2. C’est à ce qu’ils auront fait pour les§786 pauvres que Jésus-Christ reconnaîtra ses élus 3. Lorsque « la bonne nouvelle§525§544 est annoncée aux pauvres » 4, c’est le signe de la présence§853 du Christ.
« L’amour de l’Église pour les pauvres [...] fait partie de sa tradition constante » a. Il s’inspiré de l’Évangile des béatitudes 1, de la pauvreté§1716 de Jésus 2 et de son attention aux pauvres 3. L’amour des pauvres est même un des motifs du devoir de travailler, afin de « pouvoir faire le bien en secourant les nécessiteux » 4. Il ne s’étend pas seulement à la pauvreté matérielle, mais aussi aux nombreuses formes de pauvreté culturelle et religieuse b.
L’amour des pauvres§2547 est incompatible avec l’amour immodéré des richesses ou leur usage égoïste§2536 :
Eh bien, maintenant, les riches ! Pleurez, hurlez sur les malheurs qui vont vous arriver. Votre richesse est pourrie, vos vêtements sont rongés par les vers. Votre or et votre argent sont souillés, et leur rouille témoignera contre vous : elle dévorera vos chairs ; c’est un feu que vous avez thésaurisé dans les derniers jours ! Voyez : le salaire dont vous avez frustré les ouvriers qui ont fauché vos champs, crie, et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur des Armées. Vous avez vécu sur terre dans la mollesse et le luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage. Vous avez condamné le juste, il ne vous résiste pas 1.
Saint Jean Chrysostome le rappelle vigoureusement : « Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais§2402 les leurs » a. « Il faut satisfaire d’abord aux exigences de la justice, de peur que l’on n’offre comme don de la charité ce qui est déjà dû en justice » b :
Quand nous donnons aux pauvres les choses indispensables, nous ne leur faisons point de largesses personnelles, mais leur rendons ce qui est à eux. Nous remplissons bien plus un devoir de justice que nous n’accomplissons un acte de charité c.
Les œuvres de miséricorde sont les actions charitables par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses§1460 nécessités corporelles et spirituelles 1. Instruire, conseiller, consoler, conforter sont des œuvres de miséricorde spirituelle, comme pardonner et supporter avec patience. Les œuvres de miséricorde corporelle consistent notamment à nourrir les affamés, loger les sans logis, vêtir les déguenillés, visiter les malades§1038 et les prisonniers, ensevelir les morts 2. Parmi ces gest§1004es, l’aumône faite aux pauvres§1969 3 est un des principaux témoignages de la charité fraternelle : elle est aussi une pratique de justice qui plaît à Dieu 4 :
Que celui qui a deux tuniques partage avec celui qui n’en a pas, et que celui qui a à manger fasse de même 25. Donnez plutôt en aumône tout ce que vous avez, et tout sera pur pour vous 7. Si un frère ou une sœur sont nus, s’ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l’un d’entre vous leur dise : « Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous », sans leur donner ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi cela sert-il ? 89.
« Sous ses multiples formes : dénuement matériel, oppression injuste, infirmités physiques et psychiques, et enfin la mort, la misère§886 humaine est le signe manifeste de la condition native de faiblesse où l’homme se trouve depuis le premier péché et du besoin de salut. C’est pourquoi elle a attiré la compassion du Christ Sauveur qui a voulu la prendre sur lui et s’identifier aux ‘plus petits d’entre ses frères’. C’est pourquoi ceux qu’elle accable sont l’objet d’un amour de préférence de la part de l’Église qui, depuis les§1586 origines, en dépit des défaillances de beaucoup de ses membres, n’a cessé de travailler à les soulager, les défendre et les libérer. Elle l’a fait par d’innombrables œuvres de bienfaisance qui restent toujours et partout indispensables » a.
Dès l’Ancien Testament, toutes sortes de mesures juridiques (année de rémission, interdiction du prêt à intérêt et de la conservation d’un gage, obligation de la dîme, paiement quotidien du journalier, droit de grappillage et de glanage) répondent à l’exhortation du Deutéronome : « Certes les pauvres ne disparaîtront point de ce pays ; aussi je te donne ce commandement : tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays » 1. Jésus fait sienne cette parole : « Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous : mais moi, vous ne m’aurez pas toujours » 2. Par là il ne rend pas caduque§786 la véhémence des oracles anciens : « Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales. » 3, mais il nous invite à reconnaître sa présence dans les pauvres qui§1397 sont ses frères 4 :
Le jour où sa mère la reprit d’entretenir à la maison pauvres et infirmes, sainte Rose de Lima lui dit : « Quand nous servons les pauvres et les malades, nous servons Jésus. Nous ne devons pas nous lasser d’aider notre prochain, parce qu’en eux c’est Jésus que nous servons » (Vita mirabilis (P. Hansen, Louvain 1668).
