« Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit§1263 de notre Dieu » 1. Il faut se rendre compte de la grandeur du don de Dieu qui nous est fait dans les sacrements de l’initiation chrétienne pour saisir à quel point le péché est une chose exclue pour celui qui a « revêtu le Christ » 2. Mais l’apôtre saint Jean dit aussi : « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous abusons nous-mêmes, et la vérité n’est point en nous » 3. Et le Seigneur lui-même nous a enseigné de prier§2838 : « Pardonne-nous nos offenses » 4 en liant le pardon mutuel de nos offenses au pardon que Dieu accordera à nos péchés.
Demande de pardon dans la prière
10 paragraphes sélectionnés
1425, 2631, 2838, 2839, 2840, 2841, 2842, 2843, 2844, 2845
La demande du pardon est le premier§2838 mouvement de la prière de demande 1. Elle est le préalable d’une prière juste et pure. L’humilité confiante nous remet dans la lumière de la communion avec le Père et son Fils Jésus-Christ, et les uns avec les autres 2 : alors « quoi que nous Lui demandions, nous le recevrons de Lui » (1 Jn 3:22). La demande du pardon est le préalable de la liturgie eucharistique, comme de la prière personnelle.
Cette demande est étonnante. Si elle ne comportait que le premier membre de phrase – « Pardonne-nous nos offenses§1425 » – elle pourrait être incluse, implicitement, dans les trois premières demandes de la Prière du Seigneur, puisque le Sacrifice du Christ est « pour la rémission§1933 des péchés ». Mais, selon un second membre de phrase, notre demande ne sera exaucée que si nous avons d’abord répondu à une exigence. Notre demande est§2631 tournée vers le futur, notre réponse doit l’avoir précédée ; un mot les relie : « comme ».
Dans une confiance audacieuse, nous avons commencé à prier notre Père. En le suppliant que son Nom soit sanctifié, nous lui avons demandé d’être toujours plus sanctifiés. Mais, bien que§1425 revêtus de la robe baptismale, nous ne cessons de pécher, de nous détourner de Dieu. Maintenant, dans cette nouvelle demande, nous revenons à lui, comme l’enfant§1439 prodigue 1, et nous nous reconnaissons pécheurs, devant lui, comme le publicain 2. Notre demande commence par une « confession » où nous confessons en même temps notre misère et sa Miséricorde. Notre espérance est ferme, puisque, dans son Fils, ‘nous avons la rédemption, la rémission de nos péchés’ 3. Le signe efficace et indubitable de son pardon, nous le trouvons§1422 dans les sacrements de son Église 4.
Or, et c’est redoutable, ce flot de miséricorde ne peut pénétrer notre cœur tant que nous n’avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés. L’Amour, comme le Corps du Christ, est indivisible : nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons 1. Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme, sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père ; dans§1864 la confession de notre péché, notre cœur est ouvert à sa grâce.
Ce « comme » n’est pas unique dans l’enseignement de Jésus : « Vous serez parfaits ‘comme’ votre Père céleste est parfait » 1 ; « Montrez-vous miséricordieux ‘comme’ votre Père est miséricordieux » 2 ; « Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres ‘comme’ je vous ai aimés » 3. Observer le commandement du Seigneur est impossible s’il s’agit d’imiter de l’extérieur le modèle divin§521. Il s’agit d’une participation vitale et venant « du fond du cœur », à la Sainteté, à la Miséricorde, à l’Amour de notre Dieu. Seul l’Esprit qui est « notre Vie » 4 peut faire « nôtres » les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus 5. Alors l’unité du pardon devient possible, « nous pardonnant mutuellement ‘comme’ Dieu nous a pardonné dans le Christ » 6.
Ainsi prennent vie les paroles du Seigneur sur le pardon, cet Amour qui aime jusqu’à l’extrême de l’amour 1. La parabole du serviteur impitoyable, qui couronne l’enseignement du Seigneur sur la communion ecclésiale 2, s’achève sur cette parole : « C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur ». C’est là, en effet, « au fond du cœur » que tout se noue et se dénoue§368. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession.
La prière chrétienne va jusqu’au pardon des ennemis 1. Elle transfigure le disciple en le configurant à son Maître. Le pardon est§2262 un sommet de la prière chrétienne ; le don de la prière ne peut être reçu que dans un cœur accordé à la compassion divine. Le pardon témoigne aussi que, dans notre monde, l’amour est plus fort que le péché. Les martyrs, d’hier et d’aujourd’hui, portent ce témoignage de Jésus. Le pardon est la condition fondamentale de la Réconciliation 2, des enfants de Dieu avec leur Père et des hommes entre eux a.
Il n’y a ni limite ni mesure à ce pardon essentiellement divin 1. S’il s’agit d’offenses 2, en fait nous sommes toujours débiteurs : « N’ayez de dettes§1441 envers personne, sinon celle de l’amour mutuel » 3. La Communion de la Trinité Sainte est la source et le critère de la vérité de toute relation 4. Elle est vécue dans la prière, surtout dans l’Eucharistie 5 :
Dieu n’accepte pas le sacrifice des fauteurs de désunion, il les renvoie de l’autel pour que d’abord ils se réconcilient avec leurs frères : Dieu veut être pacifié avec des prières de paix. La plus belle obligation pour Dieu est notre paix, notre concorde, l’unité dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit de tout le peuple fidèle 2a.
