Catéchisme

11 paragraphes sélectionnés

402, 403, 404, 405, 406, 1250, 1607, 1609, 1707, 2259, 2515

Tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam. Saint Paul l’affirme : « Par la désobéissance d’un seul homme, la multitude (c’est-à-dire tous les hommes) a été constituée pécheresse » 1 : « De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort est passée en tous les hommes, du fait que tous ont péché... » 2. À l’universalité du péché et de la mort l’apôtre oppose§430§605 l’universalité du salut dans le Christ : « Comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul (celle du Christ) procure à tous une justification qui donne la vie » (Rm 5:18).
À la suite de saint Paul l’Église a toujours enseigné que l’immense misère qui opprime les hommes et leur inclination au mal et à la mort ne sont pas compréhensibles sans leur lien avec le péché§2606 d’Adam et le fait qu’il nous a transmis un péché dont nous naissons tous affectés et qui est « mort de l’âme » a. En raison de cette certitude de foi, l’Église donne le Baptême§1250 pour la rémission des péchés même aux petits enfants qui n’ont pas commis de péché personnel b.
Comment le péché d’Adam est-il devenu le péché de tous ses descendants ? Tout le genre humain est en Adam « comme l’unique corps d’un homme unique » a Par cette « unité§360 du genre humain » tous les hommes sont impliqués dans le péché d’Adam, comme tous sont impliqués dans la justice du Christ. Cependant, la transmission du péché originel est un mystère§50 que nous ne pouvons pas comprendre pleinement. Mais nous savons par la Révélation qu’Adam avait reçu la sainteté et la justice originelles non pas pour lui seul, mais pour toute la nature humaine : en cédant au tentateur, Adam et Ève commettent un péché personnel, mais ce péché affecte la nature humaine qu’ils vont transmettre dans un état déchu b. C’est un péché qui sera transmis par propagation à toute l’humanité, c’est-à-dire par la transmission d’une nature humaine privée de la sainteté et de la justice originelles. Et c’est pourquoi le péché originel est appelé « péché » de façon analogique : c’est un péché « contracté » et non pas « commis », un état et non pas un acte.
Quoique propre à chacun a, le péché originel n’a, en aucun descendant d’Adam, un caractère de faute personnelle. C’est la privation de la sainteté et de la justice originelles, mais la nature humaine n’est pas totalement corrompue : elle est blessée dans ses propres forces naturelles, soumise à l’ignorance, à la souffrance et à l’empire de la mort, et inclinée au péché (cette inclination au mal est appelée « concupiscence »). Le Baptême, en donnant la vie de la grâce§2515 du Christ, efface le péché originel et retourne l’homme vers Dieu, mais les conséquences pour la nature, affaiblie et inclinée au mal, persistent dans l’homme et l’appellent au combat spirituel§1264.
La doctrine de l’Église sur la transmission du péché originel s’est précisée surtout au cinquième siècle, en particulier sous l’impulsion de la réflexion de saint Augustin contre le pélagianisme, et au seizième siècle, en opposition à la Réforme protestante. Pélage tenait que l’homme pouvait, par la force naturelle de sa volonté libre, sans l’aide nécessaire de la grâce de Dieu, mener une vie moralement bonne ; il réduisait ainsi l’influence de la faute d’Adam à celle d’un mauvais exemple. Les premiers réformateurs protestants, au contraire, enseignaient que l’homme était radicalement perverti et sa liberté annulée par le péché des origines ; ils identifiaient le péché hérité par chaque homme avec la tendance au mal (concupiscentia), qui serait insurmontable. L’Église s’est spécialement prononcée sur le sens du donné révélé concernant le péché originel au deuxième Concile d’Orange en 529 (voir DS 371-372) et au Concile de Trente en 1546 a.
Naissant avec une nature humaine déchue et entachée par le péché originel, les enfants eux aussi ont§403 besoin de la nouvelle naissance dans le Baptême a afin d’être libérés du pouvoir des ténèbres et d’être transférés dans le domaine de la liberté des enfants de Dieu 1, à laquelle tous les hommes sont appelés. La pure gratuité de la grâce du salut est particulièrement manifeste§1996 dans le Baptême des enfants. L’Église et les parents priveraient dès lors l’enfant de la grâce inestimable de devenir enfant de Dieu s’ils ne lui conféraient le Baptême peu après la naissance bc2.
Selon la foi, ce désordre que nous constatons douloureusement, ne vient pas de la naturede l’homme et de la femme, ni de la nature de leurs§1849 relations, mais du péché. Rupture avec Dieu, le premier péché a comme première conséquence la rupture de la communion originelle de l’homme et de la femme§400. Leurs relations sont distordues par des griefs réciproques 1 ; leur attrait mutuel, don propre du créateur 2, se change en rapports de domination et de convoitise 3 ; la belle vocation de l’homme et de la femme d’être féconds, de se multiplier et de soumettre la terre 4 est grevée des peines de l’enfantement et du gagne-pain 5.
Dans sa miséricorde, Dieu n’a pas abandonné l’homme pécheur. Les peines qui suivent le péché, les douleurs§410 de l’enfantement 1, le travail « à la sueur de ton front » 2, constituent aussi des remèdes qui limitent les méfaits du péché. Après la chute, le mariage aide à vaincre le repliement sur soi-même, l’égoïsme, la quête du propre plaisir, et à s’ouvrir à l’autre, à l’aide mutuelle, au don de soi.
« Séduit par le Malin, dès le début de l’histoire, l’homme a abusé de sa liberté » a. Il a succombé à la tentation et commis le mal. Il conserve§397 le désir du bien, mais sa nature porte la blessure du péché originel. Il est devenu enclin au mal et sujet à l’erreur :
C’est en lui-même que l’homme est divisé. Voici que toute la vie des hommes, individuelle et collective, se manifeste comme une lutte, combien dramatique, entre le bien et le mal, entre la lumière et les ténèbres b.
L’Écriture, dans le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn 1, révèle, dès les débuts de l’histoire humaine, la présence dans§401 l’homme de la colère et de la convoitise, conséquences du péché originel. L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. Dieu dit la scélératesse de ce fratricide : « Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère » 2.
Au sens étymologique, la « concupiscence » peut désigner toute forme véhémente de désir humain. La théologie chrétienne lui a donné le sens particulier du mouvement de l’appétit sensible qui contrarie l’œuvre de la raison humaine. L’Apôtre saint Paul l’identifie à la révolte que la « chair » mène contre l’« esprit » 1. Elle vient de la désobéissance du premier péché 2. Elle dérègle les facultés morales de l’homme et, sans être une faute§405 en elle-même, incline ce dernier à commettre des péchés a.