Introduction
Au sortir du Paradis Terrestre, Dieu avait promis à Adam et Eve un sauveur. Celui-ci passerait sa vie, selon les paroles de Pie XI, « à sauver les âmes par l’exercice continuel de la prière et du sacrifice jusqu’au jour où sur la Croix il s’offrit en victime sans tache à Dieu ». Pour préparer son arrivée, Dieu va donner quelques règles pour rétablir avec lui les relations qui avaient été rompues par le Péché originel. Il va demander aux hommes de prier, c'est-à-dire d’élever leur âme vers lui pour l’adorer, le remercier, lui demander pardon et obtenir ses grâces. Il va demander non seulement des actes intérieurs de notre âme mais aussi des actes extérieurs et publics comme l’offrande d’un sacrifice.
Pourquoi un culte extérieur et public ? Parce que nous avons un corps qui doit servir Dieu lui aussi et exprimer les sentiments de notre âme. D’autre part nous sommes faits pour vivre en société, il faut donc que notre culte soit non seulement extérieur mais public. Lorsque Notre Seigneur sera venu, il sera le médiateur entre Dieu et les hommes et il établira son Eglise pour continuer son œuvre.
« La sainte liturgie est donc le culte public que notre Rédempteur rend au Père comme Chef de l'Eglise ; c'est aussi le culte rendu par la société des fidèles à son Chef et, par lui, au Père éternel : c'est, en un mot, le culte intégral du Corps mystique de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Chef et de ses membres. L'activité liturgique a pris naissance avec la fondation même de l'Eglise. Les premiers chrétiens, en effet, étaient assidus aux prédications des apôtres, à la fraction du pain en commun et aux prières (Pie XII) ».
Nous allons donc commencer par voir quels sont les actes du culte public demandé par Dieu dans l’Ancien Testament pour voir ensuite comment ce culte est arrivé à son accomplissement parfait dans l’Eglise. Nous verrons ensuite successivement :
- Les actes de culte
- Les lieux de culte
- Les objets du culte
- L’organisation de la liturgie
- L’année Liturgique
- Le culte des saints.
Toute la partie qui concerne la liturgie des sacrements fait l’objet d’un autre cours.
L’histoire de la liturgie
La liturgie, comme la religion, remonte à l'origine du monde. On peut dire qu'elle est inscrite dans la nature humaine. Elle a eu, comme l'Église, dit saint Augustin, ses progrès et ses développements successifs.
La liturgie sous la Loi Ancienne

La Genèse parle de plusieurs actes cultuels accomplis sous le régime patriarcal. Les premiers qu'elle mentionne sont ceux de Caïn et d'Abel offrant des sacrifices au Seigneur : l'un offre les produits de son troupeau ; l'autre, les fruits de la terre.
Dès que les familles, les tribus, les cités furent constituées, le père de famille, le fils aîné, le chef de la tribu, le roi de la cité, offrirent à Dieu leurs hommages au nom de tous leurs subordonnés. Enos, fils aîné de Seth, donna une forme rudimentaire au culte de Dieu, puisque « c'est lui qui commença, dit la Genèse, à invoquer le nom du Seigneur ».

Au sortir de l'arche, Noé dressa un autel, et prenant de tous les animaux purs, il les offrit en holocauste au Seigneur. Abraham, Isaac et Jacob offrirent des sacrifices d'animaux ; ils consacrèrent au Seigneur les lieux où s'était manifestée sa présence ; ils dressèrent des pierres comme autels, et sur ces pierres, comme il est dit de Jacob, ils répandirent l'huile, ainsi qu'aujourd'hui, pour les rendre dignes de la majesté de Dieu.
Melchisédech, pontife-roi de Salem, et figure du Grand Sacrificateur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, offrit le pain et le vin, qui deviendront la matière de l'acte liturgique par excellence : la sainte Messe.
Dieu lui-même fit connaître aux premiers hommes les pratiques liturgiques qu'ils devaient employer pour l'honorer. Cette connaissance nous est fournie :
- 1° : Par le caractère précis et déterminé qui se détache de ces diverses pratiques : les mêmes gestes se reproduisent toujours sous les mêmes formes.
- 2° : Par le témoignage de Dieu-même, qui félicite Abraham d'avoir gardé ses préceptes et ses commandements, d'avoir observé ses cérémonies et ses lois.
- 3° : Sous la Loi mosaïque, la liturgie prit une forme fixe, qu'elle garda jusqu'à la venue du Rédempteur.
Dieu se choisit un groupe sacerdotal ; il remplit de son esprit les artisans hébreux pour fabriquer les instruments du culte, les vêtements sacerdotaux ; il prescrivit à Moïse tout ce qui concernait les sacrifices, les fêtes et les cérémonies. Cependant, toutes les obligations liturgiques de la Loi ancienne n'étaient pas renfermées dans la loi mosaïque. Plusieurs se conservaient par tradition ; telle la prière sept fois le jour et au milieu de la nuit dont parlent les Psaumes ; l'onction des rois, etc.
La liturgie de la Loi ancienne a été perfectionnée par Notre-Seigneur dont elle préparait la venue, car :
- 1° : Il a accompli en entier les prescriptions liturgiques de Moïse.
- 2° : Il a établi, la veille de sa mort, le sacrifice eucharistique, centre de la liturgie.
- 3° : Il a investi les Apôtres des pouvoirs nécessaires pour compléter son œuvre à travers le cours des siècles.
La liturgie sous la Loi Nouvelle

Les principaux rites de la liturgie catholique remontent aux temps apostoliques ; par exemple le sacrifice eucharistique, l'autel, les luminaires, la collecte, la lecture des épîtres et des évangiles, l'offrande du pain et du vin, la Préface, le Sanctus, le Canon, le Pater, le baiser de paix, etc. Cependant les Apôtres n'ont pas fixé toutes les prescriptions liturgiques ; ils n’ont décidé que des principales. Dans la suite, chaque siècle apporta sa contribution au cycle liturgique.
Pendant les premiers siècles, les prescriptions liturgiques se sont conservées par tradition, elles ne sont pas contenues dans les écrits des Apôtres. Les Constitutions apostoliques, qui remontent, dans leur forme actuelle à la fin du IVe siècle, mais qui sont elles-mêmes la compilation d'ouvrages antérieurs, forment un des plus anciens et des plus importants recueils de prescriptions liturgiques conservées par la tradition.
Explications du vocabulaire employé
La Religion
La religion est l’ensemble des rapports de l’homme avec Dieu.
La vertu de Religion
C’est une vertu, c’est-à-dire une disposition habituelle à faire le bien. C’est une vertu morale qui dépend de la vertu de Justice. Elle consiste à rendre à Dieu l’honneur qui lui est dû. Cette vertu a des actes intérieurs, ceux de notre âme et des actes extérieurs qui aident notre âme dans ses actes intérieurs :
Les actes intérieurs : La dévotion et la prière.
- La dévotion : ce mot vient du verbe « se dévouer », il signifie le fait de se consacrer à quelqu’un ou à quelque chose. Comme le dit Saint Thomas d’Aquin, « c’est la volonté de se livrer promptement au service de Dieu ».
- La prière: c’est l’élévation de l’âme vers Dieu. La prière peut être privée ou publique, intérieure ou exprimée à haute voix par des paroles.
Les actes extérieurs : L’adoration et le sacrifice.
- L’adoration : du latin ad (vers) et orare (prier). L'adoration, au sens strict de la vertu de religion, est l'honneur rendu à Dieu, à cause de son excellence souveraine, avec l’affirmation de notre dépendance absolue à son égard. Au sens large et manifestant une disposition du corps c’est l'acte par lequel, reconnaissant l'excellence de quelqu'un, on lui témoigne sa soumission par une inclination de tête, une génuflexion, une prostration, etc. En liturgie, c’est votre génuflexion devant le tabernacle dans une église et la prostration du prêtre le Vendredi Saint. C’est celle des séminaristes lors de leur ordination aux ordres majeurs.
- Le sacrifice : du latin sacrum facere (faire quelque chose de sacré). « Le sacrifice est l'offrande publique faite à Dieu d'une chose que l'on détruit, pour professer qu'il est le Créateur et le souverain Maître à qui tout est entièrement dû (catéchisme de Saint Pie X) ».
Le culte et la liturgie

Le culte divin est la pratique de nos devoirs de religion. Il comprend le culte de latrie ou d'adoration qui n'est dû qu'à Dieu, et le culte de dulie qui est rendu aux saints en l’honneur de Dieu.
Le culte est intérieur ou extérieur. Le culte intérieur s'accomplit dans l'âme, par des actes purement spirituels, comme l'oraison. Il peut exister seul, mais il doit toujours accompagner le culte extérieur, lequel se manifeste par des prières vocales, des chants, des cérémonies. Le culte extérieur est obligatoire comme le culte intérieur, parce que l'homme se compose d'un corps et d'une âme qui doivent rendre à Dieu le culte qui leur est propre.
Le culte extérieur est privé ou public. Le culte privé est celui que chacun rend à Dieu par sa propre initiative, tandis que le culte public est celui qui est rendu à Dieu, par la société chrétienne, dans les formes prescrites par l'autorité ecclésiastique. Notre-Seigneur rendit obligatoire le culte public lorsque, après l'institution de la sainte Eucharistie, il dit à ses Apôtres : « Faites ceci en mémoire de moi ».
La liturgie (du grec leiton (public) et ergon (ouvrage, fonction)) est le culte public exercé, au nom de l'Église, par des personnes légitimement députées dans ce but, et par des actes religieux qui ne peuvent être rendus qu'à Dieu, aux Saints ou aux Bienheureux.

Les rubriques sont les règles de la liturgie. Elles sont ainsi appelées (du latin rubrica, rouge) parce que, dans les livres liturgiques, elles sont généralement imprimées en rouge, pour les distinguer des formules et des prières qui accompagnent les cérémonies. L'Église attache une grande importance aux rubriques, parce que ces règles maintiennent la dignité et l'uniformité dans le culte divin, conservent dans son intégrité le dogme catholique et montrent l'unité de foi, d'espérance et de charité, qui unissent tous les fidèles dans une même famille. L'Église prouve l'importance qu'elle attache aux rubriques, en réservant au Saint-Siège le droit de régler la liturgie et d'approuver les livres liturgiques. Dans un canon du Concile de Trente, elle déclare anathème quiconque prétend que les cérémonies, reçues et approuvées par l'Église catholique, peuvent, sans péché, être omises ou changées au gré des ministres. Sainte Thérèse avait donc bien raison de dire « Je donnerais la dernière goutte de mon sang pour la plus petite cérémonie de l'Église ».
Cérémonie et rite : Entendu dans le sens religieux, la cérémonie désigne les formes extérieures des actes du culte : par exemple, les attitudes, les gestes, les paroles que l'Eglise prescrit dans la célébration de la Messe, l'administration des Sacrements et les offices du culte public. Le rite, ou rit (du latin ritus qui signifie cérémonie), peut signifier soit l’ordre prescrit pour les cérémonies du culte ; soit l’ensemble des cérémonies : on parle du rit romain, du rit grec. Pour résumer, la cérémonie est l'acte liturgique ; le rite est la manière d'accomplir cet acte. Ces deux mots, cérémonie et rite, s'emploient souvent l'un pour l'autre.
Importance de la liturgie
« La liturgie est le principal instrument de la tradition chrétienne. Elle est tout à la fois très agréable à Dieu, très utile à l'Église, très instructive et très consolante pour les fidèles (Bossuet) ».
La liturgie est très agréable à Dieu parce qu'elle est une louange pure. C'est la prière même de l'Esprit-Saint, qui dit, par la bouche du prophète Zacharie : « Je répandrai, sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem, un esprit de grâce et de prière ». La liturgie est aussi une prière universelle et perpétuelle. Comme le psalmiste, l'Église chante, sept fois le jour, les louanges du Seigneur, et crie devant Dieu le jour et la nuit.
La liturgie est très utile à l'Eglise pour plusieurs raisons :
- Elle est une règle de foi. C'est ainsi qu'elle nous enseigne que le Saint-Esprit procède aussi du Fils ; qu'elle donne au Symbole, dit de saint Athanase, sa valeur dogmatique ; qu'elle fixe la canonicité des livres saints, qu'elle nous rappelle la virginité de Marie, après comme avant le divin enfantement.
- Elle est un lieu théologique, c’est-à-dire une des sources où les théologiens peuvent puiser des arguments pour établir leurs sentiments ou pour réfute ceux des autres. Pour confondre les iconoclastes, l'Église constate le culte des saintes images exprimé dans ses rites. Aux blasphèmes de Bérenger, elle oppose sa croyance perpétuelle à la présence réelle exprimée dans les secrètes et les postcommunions du missel romain ; et aux hérétiques sacramentaires du XVI° siècle, sa formule liturgique : le Lauda Sion. « Les rites sacrés, dit Léon XIII, bien que, par eux-mêmes, ils n'aient pas été institués pour démontrer la vérité des dogmes catholiques, ils les traduisent, pour ainsi dire, et les expriment d'une manière vivante ».
- Elle est un lien d'unité : « C'est surtout dans l'unique forme des prières contenues au bréviaire romain, dit Clément VIII, que cette communion avec Dieu, qui est un, doit être perpétuellement gardée ; afin que dans l'Église, répandue par tout l'univers, les fidèles de Jésus-Christ invoquent Dieu par les seuls et mêmes rites de chants et de prières ». « Aussi, remarque saint Pie V, les fauteurs d’hérésies et de schismes se sont empressés de se créer une liturgie particulière, et de déchirer, au moyen de ces nouveaux offices dissemblables entre eux, la communion qui consiste à offrir au même Dieu des prières et des louanges dans une même forme ».
- Elle est le dépôt officiel du dogme catholique, car, dit saint Augustin « La foi de l'Église se trouve dans ses prières ».
La liturgie instruit les fidèles :
- En leur rappelant chaque année les principaux dogmes et les principaux préceptes de la vie chrétienne.
- En leur montrant comment toutes les créatures louent le souverain Maître. Chaque règne le loue à sa façon : le règne minéral fournit la pierre et le marbre pour l’église, l’autel et les statues, l'or et l'argent pour ses vases sacrés ; le règne végétal offre ses fleurs pour l'ornement des églises, le pain et le vin pour l'Eucharistie, l'huile pour plusieurs sacrements, l'encens pour ses cérémonies, le lin et le chanvre pour les vêtements de ses ministres ; dans le règne animal le ver à soie fournit le fil des plus beaux tissus, et l'abeille, la cire parfumée.
La liturgie est pour les fidèles une source de consolations et de vie spirituelle parce que :
- Elle leur rappelle sans cesse les perfections de leur Père céleste. Les psaumes, en particulier, leur redisent, à chaque fonction liturgique, les grandeurs et les miséricordes du Seigneur : « Nations, louez toutes le Seigneur ; peuples, louez-le tous parce que sa miséricorde a été puissamment affermie sur nous et que la vérité du Seigneur demeure éternellement »
- Elle les fait souvenir chaque jour de leur filiation divine et de leurs immortelles destinées. Ce sont les sentiments et les pensées que ne cessent de réveiller en nous les chants du Psalmiste. « Comme un père a une compassion pleine de tendresse pour ses enfants, ainsi le Seigneur est touché de compassion pour ceux qui le craignent ». « Que de fois, s'écrie saint Augustin, vivement ému, j'ai pleura au chant de vos hymnes et de vos cantiques, ô mon Dieu, lorsque retentissait suavement la voix mélodieuse de votre Église ! Les paroles s'insinuaient dans mes oreilles, la vérité pénétrait mon âme, le sentiment affectueux de la piété s'animait en moi, mes larmes coulaient, et elles étaient mon bonheur ».
- Elle est pour eux « la source première et indispensable du véritable esprit chrétien (Saint Pie X) », car elle se sert du visible pour les entraîner à l'amour de l'invisible, ainsi qu'il est dit dans la Préface de Noël : « afin que, connaissant Dieu des yeux du corps, nous soyons ravis par lui à l'amour des réalités invisibles ».
A Retenir !
La religion
Qu’est-ce que la religion ?
La religion est l’ensemble des rapports de l’homme avec Dieu. C’est une vertu morale qui dépend de la justice. Elle se compose d’actes intérieurs et extérieurs.
Quels sont les actes intérieurs de la religion ?
Les actes intérieurs de religions sont la dévotion et la prière.
Quels sont les actes extérieurs de la religion ?
Les actes extérieurs de la religion sont l’adoration et le sacrifice.
Le culte
Qu’est-ce que le culte ?
Le culte divin est la pratique de nos devoirs de religion. Il comprend le culte de latrie, ou d’adoration, qui n’est dû qu’à Dieu, et le culte de dulie, que l’on rend aux saints en l’honneur de Dieu.
Qu’est-ce qu’une rubrique ?
Une rubrique est une explication liturgique inscrite dans les livres promulgués par le Pape. Elle tient son nom de la couleur rouge qu’elle porte dans ces livres.
