Chapitre 2

Les attitudes du corps dans la liturgie

Les positions du corps

Debout

Durant les premiers siècles, l'attitude normale des chrétiens durant la prière commune est la station « verticale » : comme les juifs et les païens, ils prient debout. Saint Justin et Origène notent expressément qu'après le sermon tous se lèvent pour prier ; tous les « orantes » des Catacombes sont représentés debout.

Bien vite cependant, par opposition aux agenouillements, l'attitude droite évoque une idée de joie ; par suite, cette attitude de prière est seule permise le dimanche et de Pâques à la Pentecôte ; cette coutume est imposée par le premier concile de Nicée (canon 20), qui défend de fléchir les genoux en ces mêmes circonstances. Nos bréviaires ont encore cette rubrique avant l'office de Pâques : « Et non flectuntur genua toto tempore paschali » (les genoux ne sont pas fléchis pendant tout le temps pascal), et cette autre qui précise que les antiennes finales à la Vierge se disent à genoux « sauf le dimanche et tout le temps pascal ».

De plus, saint Jean Chrysostome affirme que « le prêtre ne s'assied pas mais se tient debout ; se tenir debout est le signe de l'action liturgique » ; chaque fois donc que le prêtre prie ou administre les sacrements, il se tient debout (à quelques rares exceptions près).

Prostration et génuflexion

Ces attitudes sont d'abord des attitudes de deuil et de pénitence : « Tombons aux pieds du Seigneur et pleurons en le suppliant... de nous réconcilier à lui », dit Saint Clément de Rome ; « la flexion des genoux est nécessaire quand on accuse ses péchés à Dieu en le suppliant qu'il les guérisse et les pardonne (Origène) ». La prière à genoux s'associe au jeûne : « Aux jours de jeûne et aux stations, on ne fait aucune prière sans génuflexion, car nous ne prions pas seulement, mais nous supplions et nous satisfaisons au Seigneur notre Dieu », nous dit Tertullien. C'est pourquoi, aux jours de jeûne, les fidèles et les clercs doivent s'agenouiller aux prières fériales et au canon de la messe, pendant les psaumes pénitentiels, au trait Adjuva nos du Carême, etc...

La prostration et l'agenouillement expriment aussi la supplication fervente de la prière : « Qui de nous ne sait que la prière qui fléchit Dieu, c'est surtout la prière dans les lamentations et les larmes, quand on se prosterne et ploie les genoux ? », demande Saint Justin. Au témoignage de Tertullien on faisait à genoux la prière du matin ; arrivé au lieu du supplice (l’autel), Saint Cyprien fléchit les genoux et se prosterne en oraison devant le Seigneur. En ce sens l'agenouillement, qu'on ne trouve guère d'abord que dans la prière privée, a pénétré dans la liturgie : il accompagne le début du Veni Creator et de l'Ave maris stella, le Te erga quaesumus du Te Deum, le verset alléluiatique Veni, sancte Spiritus, etc…

Enfin génuflexions et prostrations traduisent l'adoration, et cela depuis l’Ancienne Alliance. Dans le Nouveau Testament, nous voyons l’adoration des mages, la tentation du Christ par le démon qui lui demande de se prosterner, etc. Dans l’Apocalypse, le dernier livre de la Bible, on voit les saints se prosterner devant l’Agneau. Mais bizarrement, la génuflexion adoratrice n'a pénétré que tardivement dans la liturgie occidentale et sans doute par les rites de l'adoration de la Croix. Les génuflexions du prêtre après l'élévation de la messe ne datent que du XV° siècle, mais l'agenouillement des assistants remonte au XIII° siècle. La génuflexion marque l'adoration chaque fois qu'elle est utilisée dans le culte de l'eucharistie ou de la croix ; pour suivre certaines phrases du texte sacré, lors de la lecture de l'évangile (Verbum caro factum est et paroles analogues), etc...La génuflexion est encore un honneur rendu aux suprêmes personnes liturgiques ; le pape et les évêques, en tant que représentants du Christ et chefs de l'Eglise universelle ou locale. Par exemple on remarque les trois prostrations de l'évêque nouvellement élu devant le pape qui doit le consacrer.

Distinctions du cérémonial romain :

La prostration (on s'étend à terre après s'être agenouillé) est une attitude rarement prescrite. On la voit principalement lors de l’adoration de la croix le Vendredi Saint, et lors des ordinations aux ordres majeurs.

L'agenouillement, dont la génuflexion à deux genoux n'est qu'une variante.

La génuflexion à un seul genou est d'un usage assez récent : au moyen âge, tantôt on y voyait une imitation des Juifs se moquant du Sauveur, tantôt on voulait la réserver aux seuls seigneurs temporels. On contestait encore au XVIII° siècle la légitimité de son emploi liturgique. La génuflexion à deux genoux devant la sainte Réserve le jeudi saint (ou devant le Saint-Sacrement exposé durant l’année) est sans doute un reste de l'usage ancien ; la, difficulté de fléchir les deux genoux à l'autel pour se relever aussitôt a pu retarder l'emploi de la génuflexion à la messe par le prêtre.

L'inclinaison du corps est une position intermédiaire entre la position debout et l'agenouillement ; elle était très employée dans les liturgies anciennes, dans des circonstances où la génuflexion s'y est substituée (ainsi durant le canon et plus tard après l'élévation). On distingue l'inclination profonde, que l'on fait au Crucifix pour le saluer, au Confiteor, au Te igitur et au supplices te rogamus, et l'inclination médiocre au Munda cor meum, au Sanctus, etc...).

Assis

S'asseoir durant l'office est pour l'évêque et les prêtres une marque extérieure de leur dignité ; les ministres inférieurs et même les diacres étaient autrefois exclus de cette marque d'honneur et devaient toujours rester debout. Il reste quelques traces de ce vieil usage dans les offices pontificaux et au synode diocésain. Par marque de dignité, l'évêque s’assied au cours de l'administration de divers sacrements (quand un prêtre est autorisé à donner la confirmation, il doit la conférer en restant debout) et en diverses cérémonies ; le prêtre est assis comme juge au sacrement de pénitence.

Mis à part le lecteur, le prédicateur ou le chantre, tous étaient assis pendant les lectures (sauf celle de l'évangile) les sermons, ou les chants exécutés en solo.

Prier assis n'était permis qu'aux infirmes ; la psalmodie commune étant une prière, on y participait debout. Cette règle est rappelée aux chanoines par le concile d'Aix-la-Chapelle de 817, qui permet aux seuls malades de s'appuyer sur un bâton ; L'introduction au cours du XI° siècle des « miséricordes », saillies des stalles sur lesquelles on est assis tout en semblant debout, favorisa le passage à la vraie position assise durant les siècles suivants : le concile de Bâle prescrivit de se lever au moins pour le chant du Gloria Patri, mais cette coutume n'est plus guère observée que par les enfants de chœur de rares églises.

Les gestes manuels

Elévation et extension des mains

Pour prier, les Juifs comme les païens levaient les mains vers le ciel ; les chrétiens gardèrent ce geste. « Je veux que les hommes prient en tout lieu en levant des mains pures », demande le pape Saint Clément. Les Pères retrouvaient en ce geste la forme de la croix : « Non seulement nous élevons les mains, mais nous les étendons en nous modelant sur la passion du Christ », écrit Tertullien qui recommande « de ne point les élever trop haut (comme faisaient les païens), mais modérément et convenablement ». C'est en cette pose que prient les martyrs et que sont représentés les « orantes ».

L'attitude actuelle du prêtre durant les prières solennelles (oraisons, préfaces, canon) n'est qu'une forme restreinte de cette pose ancienne : les bras sont plus serrés au corps et les mains tournées vers l'autre.

Les mains jointes

Dans une vision que rapporte sa Passion, sainte Perpétue joint les mains, en insérant ses doigts les uns dans les autres, pour recevoir une bouchée de lait caillé, figure de l'eucharistie : c'est un geste de respect. Cette façon de joindre les mains s'unit aussi à la prière suppliante (sainte Scholastique) ; elle est courante dans la prière privée, mais exclue de la prière liturgique qui n'admet que le geste des mains jointes et appliquées l'une contre l'autre. Ce geste, qui traduisait l'hommage féodal, est usité dans la prière privée depuis le XI° siècle et liturgiquement depuis le XIIIe : de soi, il marque la ferveur de la prière et le recueillement. Quand les mains sont jointes, le pouce droit doit normalement être croisé sur le gauche.

L'imposition des mains

Le geste d'étendre les mains et de les placer sur (ou au-dessus de) une personne ou un objet marque le transfert de grâces, de pouvoir ou même de responsabilité ; c'est aussi un geste d'offrande. Dans l'Évangile, Notre Seigneur impose les mains pour guérir et bénir ; les apôtres emploient ce geste pour conférer la grâce. Dès les premiers siècles, l'imposition des mains est usitée pour la confirmation, l'ordination des clercs majeurs, la réconciliation des hérétiques et des pécheurs, les exorcismes, etc…

La percussion

Se frapper de la main sur la poitrine en signe de repentir ou de deuil était un geste familier aux anciens, juifs et païens ; l'exemple du publicain se frappant la poitrine en avouant ses fautes fut dès l'abord imité dans l'Eglise. Associée au mot Confiteor au IVe siècle, la percussion a été reportée jusqu'au triple mea culpa, où l'aveu atteint son maximum. On comprend facilement qu'elle se soit aussi attachée à tous les mots ou formules qui expriment le péché, le repentir, l'humilité ou la demande de pardon (Peccatores, Agnus Dei, Domine, non sum dignus, etc...).

Les yeux levés au ciel

L'élévation des yeux vers le ciel accompagne souvent la prière : usitée dans l'Ancien Testament et par les païens, recommandée par l'exemple du Sauveur, elle était si habituelle chez les premiers chrétiens qu'elle fut employée de bonne heure dans la liturgie : « parmi les attitudes du corps, celle-là doit être préférée pour la prière où les mains sont étendues et les yeux levés en haut », écrit Origène. Signe d'attention et de confiance, elle est encore très employée.

Signes de Croix et bénédictions

Origines du signe de la croix

Aux environs de l'an 200, le signe de croix est en usage dans toute l'Église et dans les occasions les plus diverses. « Le Vieux Testament montre que la lettre Thau (T) est une figure de la croix, et un présage de ce signe qui chez les chrétiens est tracé sur le front et que les fidèles font avant tout travail et surtout au commencement des prières et des saintes lectures (Origène) » ; « à toute avancée et à tout mouvement, à chaque entrée et à chaque sortie, quand on se chausse, quand on se baigne, quand on se met à table, quand on allume les lampes, quand on se couche, quand on s'assied, en toute occasion, on marque son front du signe de la croix (Tertullien) ».

A cette époque, le signe de croix est employé comme rite essentiel de la confirmation et a bien vite sa place dans tous les rites liturgiques. « Si ce signe, écrit saint Augustin, n'est mis sur le front des croyants ou sur l'eau dont ils sont régénérés ou sur l'huile dont on les oint comme d'un chrême ou sur le sacrifice dont ils se nourrissent, rien de tout cela n'est accompli selon l'ordre (rite)... ; c'est par la croix du Christ que, dans la célébration des rites sacrés, tout bien nous est consigné ».

Sa forme

Dans ces temps anciens, il ne s'agit que du « petit » signe de croix : on le traçait de la main droite avec un doigt (rarement plusieurs) en forme de T (crux commissa) ou de + (crux immissa). Au moyen âge, au moins depuis le IX° siècle, on faisait ce signe (et on bénissait les objets) avec trois doigts en l'honneur de la Trinité.

A quelle époque remonte le grand signe de croix, il est impossible de le dire exactement : du moins le trouve-t-on comme un usage de dévotion privée dans le courant du XI° siècle. La date de son introduction dans la liturgie reste incertaine : il est prescrit par l'Ordo de Burchard, mais auparavant ? Il faudrait une étude minutieuse des missels de la fin du moyen âge pour répondre : on note seulement que Durand de Mende (grand liturge du Moyen-Âge)n'en parle pas et même qu'en expliquant les rites de la messe il prescrit une croix super faciem, à omni benedictione du Supplices et une autre ante faciem avant la communion.

Encore au temps de Durand, on pouvait faire la ligne transversale de droite à gauche ou de gauche à droite, et l'on apportait en faveur des deux usages de bonnes raisons mystiques. A la même époque on commença à faire signes de croix et bénédictions avec la main complètement ouverte.

Sa signification

Le signe de croix est employé avec des significations très diverses :

  • Emblème du Christ, il marque comme d'un sceau la prise de possession par le Sauveur ; il est donc le signe du chrétien. Etre chrétien ou être marqué du signe de la croix, c'est tout un (rites du baptême) ; le geste équivaut par suite à une profession de foi « Si l'on dit à un catéchumène : crois-tu au Christ ? Il répond : je crois, et il se signe », dit Saint Augustin.
  • La présence du signe de croix sur le front des chrétiens trouble les sacrifices païens ; on l'emploie pour vaincre les démons tout spécialement dans les exorcismes.
  • II est « producteur » de grâces, geste de bénédiction (cf. ci-dessous).

Les bénédictions

Parce que « la croix est la source de toutes les bénédictions et la cause de toutes les grâces » comme le dit si bien Saint Léon, des signes de croix se sont attachés dès les origines liturgiques à toutes les bénédictions consécratoires de personnes ou de choses, à tel point que, devenu inséparable des prières qu'il accompagnait, le signe de croix a été inclus sous le nom de bénédiction et que, dans l'Eglise grecque comme dans la latine, « bénir » signifie tout autant tracer un signe de croix que prononcer une prière. Nous avons même déjà vu que le mot benedicere provoque toujours un signe de croix. On ne s'étonnera pas non plus qu'il accompagne régulièrement les mots consecrare, sanctificare, comme un geste de demande qui les traduit efficacement.

Les formules accompagnant le signe de croix

Dans la liturgie, le signe de croix s'accompagne de formules diverses ; l'une d'elles cependant, dérivée du rite baptismal, lui est devenue propre : In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti, formule qu’accompagne dans le rituel le premier signe de croix fait sur les catéchumènes. Cette formule, parce qu'elle est distribuée sur la triple effusion baptismale, a provoqué souvent la triple répétition du signe de croix qu’elle accompagnait ; le souvenir des trois personnes, même non nommées, a produit plus d'une fois le même effet.

D'autre part, leur mention (même en ordre irrégulier, comme à la fin du Gloria in excelsis) a provoqué le geste de se signer par extension, la simple mention du nom du Seigneur (in nomine Domini), a eu le même effet. Enfin, en certains cas, le signe de croix accompagne des formules, habituellement privées aujourd'hui de la mention des trois personnes (cf. la formule ordinaire de la bénédiction de l'encens ; l'indulgentiam de la confession, etc...).

Les baisers liturgiques

La coutume de d’embrasser les personnes ou les objets a en liturgie diverses significations :

La première dérive du Nouveau Testament (dans les épitres de Saint Pierre et de Saint Paul) : le baiser signifie alors la mutuelle concorde, la paix fraternelle. Après la prière commune, il est le « signaculum orationis (Tertullien) ». Il est utilisé dans toute l'Eglise (Origène), et est présent à la messe, au baptême, à la confirmation, à l'ordination.

Ailleurs le baiser n'est qu'une marque de respect (ou de politesse) où se reflète parfois le vieux sens du mot adorare (porter à la bouche). Marque de respect aux dignitaires de l'Eglise, on le donne ordinairement sur la main (particulièrement à la communion dès le IVe siècle), mais aussi sur les pieds, les genoux, ou les épaules. On embrasse aussi les choses consacrées ou bénites : l'autel, les saintes huiles, l'évangéliaire, la croix, les reliques, les vases sacrés, les ornements, etc.

A Retenir !

Les attitudes du corps

Que signifie la position debout ?

La position debout évoque une idée de joie. Chaque fois que le prêtre prie et administre les sacrements il se tient debout. C’est aussi une position de respect. C’est ainsi qu’à la lecture de l’Evangile et au Credo nous nous tenons debout.

Que signifient la prostration et la génuflexion ?

La prostration et la génuflexion peuvent avoir trois significations : le deuil et le pénitence ; une fervente prière ; l’adoration, particulièrement dans le culte de la Sainte Eucharistie et de la Croix.

Que signifie la position assise ?

La position assise est pour l’Evêque et pour les prêtres une marque extérieure de leur dignité. Par exemple l’évêque est assis quand il donne le sacrement de confirmation. Par miséricorde pour les personnes âgées ou malades cette position a été autorisée pendant les lectures, les sermons et les chants exécutés par la chorale.

Les gestes manuels

Que signifie l’élévation des mains ?

L’élévation des mains signifie la prière. Cette attitude est aujourd’hui réservée au prêtre pendant la Messe.

Que signifie la jonction des mains ?

La jonction des mains est un signe de respect. Les mains doivent être appliquées l’une sur l’autre dans l’action liturgique.

Que signifie l’imposition des mains ?

L’imposition des mains signifie le transfert de grâce, de pouvoir ou de responsabilité.

Que signifie le geste de se frapper la poitrine ?

Se frapper la poitrine signifie le repentir ou le deuil.